Par téléphone

Alcool Info Service répond
à vos appels 7 jours sur 7

Contactez-nous

Adresses utiles

Forums pour les consommateurs Télécharger en pdf Imprimer Envoyer à un ami

Amertume

Par Lvia

… Voilà dix années que tu m’as rejoint dans ma vie.

Nous nous étions déjà croisé auparavant, sans vraiment retenir d’intérêt l’un pour l’autre, malgré quelques aventures ensemble. Je ne devais qu’avoir vingt et un an à l’époque lors de ces premières tribulations balbutiantes entre nous.
Mais notre histoire n’a débuté qu’en 2010, lorsque je décidais de partir vivre et travailler au Maroc. Une vie d’expatriation, de voyages s’ouvrait à moi alors, et tu semblais partager cette même envie commune de voyages, de rencontres, et d’aventures.
J’ai commencé à te fréquenter plus régulièrement par l’intermédiaire d’amis en commun qui avaient sans doute très certainement déjà flirté avec toi. Mais cela ne m’importait que peu, je n’éprouve aucune jalousie. Ces amis de toute origine et de tout âge t’adulaient, tu apportais de l’éclat dans les yeux de chacun, de la joie et de la folie. Je t’ai toujours retrouvé dans de nombreuses soirées organisées par mes amis de tout bord, ils n’avaient plus à nous présenter, et approuvaient notre complicité.
Tu parvenais à charmer tout individu, même les plus récalcitrants et ne faisait qu’unanimité.
Nous nous retrouvions autour de parties de poker endiablées, tu n’hésitais pas à charmer et à déstabiliser, chaque joueuse et joueur, ce qui rendait encore plus incertain le jeu de chacun, et surtout encore plus improbable celle ou celui qui remporterait la mise !
Ces soirées entre amis, finissaient la plupart du temps en boite de nuit ou en soirée privée, certaines luxueuses ou certaines bien plus glauques. Rien ne t’arrêtait, et tu nous accompagnais jusqu’au bout de la nuit ou parfois même au petit matin. Tu étais la complice de tous nos excès, bon comme mauvais.


Quelques moments de bonheur et folie partagés en tout bien tout honneur … Jusqu’à…

…Cette tragique déception amoureuse, qui vint à me mettre à terre, voir même plus bas que terre…
…Ma chérie de l’époque, savait que je t’avais fréquenté et que je te fréquentais de temps à autres. Elle te connaissait, nous avions partagé de temps à autres des moments tous les trois. Elle n’était pas jalouse et était très ouverte d’esprit. Elle ne mettait pas cela au crédit de la tromperie.
Peut-être aurait-elle due ?
Elle vivait en France, et peut-être l’avais-je un peu abandonné lors de mon départ au Maroc.
Pourtant, je me rendis compte très vite, qu’elle-même m’avait trompé, trahi, et ses sentiments s’étaient estompés à mon égard.
Ma place dans son cœur et dans sa vie avait été prise par un autre. Très certainement la distance et les retrouvailles disséminées mensuellement, ont eu raison de la passion qui nous unissait
Pourtant, je l’aimais comme au premier jour, elle était mon tout, mon équilibre, celle promise à tous mes projets. Avoir été aimé comme elle m’a aimé, avoir aimé comme je l’ai aimé, fut tout ce que j’avais ressenti et éprouvé de plus fort dans ma vie.
Tout s’écroulait en un claquement de doigts, ma bonne humeur, ma bonhommie, ma folie, mes envies, disparurent instantanément.


… Puis vint donc nos retrouvailles,

Je te fréquentais de plus en plus régulièrement ici en Afrique du Nord.
Nous trouvions de plus en plus de temps à passer ensemble, juste tous les 2, parfois tu restais à t’endormir avec moi, contre moi… J’avais besoin de te sentir avec moi, en moi, pour oublier…
Avec toi, parfois, j’oubliais et retrouvais une joie éphémère, ou bien d’autres fois, je pleurais à tes côtés.
Nous finissions toujours par nous endormir ensemble…
Tu étais très étrange… Au matin, il était rare de te voir encore avec moi, tu profitais de mon sommeil profond pour te dérober, pour me laisser de nouveau à ma solitude.
Je me réveillais chaque matin avec, ton parfum sur moi, cette amertume en bouche, cette tristesse exacerbée, et parfois je n’en trouvais même pas le courage de me lever pour aller travailler.
Je n’étais qu’encore plus anéanti, la courte joie d’être à tes côtés faisait vite place à des sentiments opposés et sombres.
Je savais où te trouver, forcément chez des amis, ou dans la vie nocturne de Casablanca ou de Marrakech.
Cette période fut courte, mais assez intense et éprouvante. J’en garde que peu de bons souvenirs.
Être avec toi me soulageais mais, au final, je ne devenais que l’ombre de moi-même à tes côtés.


Je pense vraiment que je dois pouvoir me passer de toi.

Alors, je repris ma vie en main, je repris le goût de l’aventure après plusieurs voyages aux quatre coins du globe. Je partais avec mon sac à dos, avec la seule envie de rencontrer de nouvelles personnes, de nouvelles cultures. Ces périples étaient riches d’aventures et d’histoires incroyables.
Parfois je les partageais avec mon frère, parfois avec un ami ou un compagnon de route croisé ici ou là.
Mais étrangement, où que j’aille, je te retrouvais sur ma route.
À croire que tout le monde te connaissait où que je sois. Sinon, peut-être me suivais-tu ?
Mais, que voulais-tu donc ? Tu avais été là durant mes joies et mes peines, mais tu ne pensais qu’à disparaitre. Il était impossible de construire quelque chose avec toi. Tout n’était qu’instabilité à tes côtés.
Tu étais imprévisible aussi bien avec moi qu’avec tous ceux que tu fréquentais.
Alors, ne voulant pas gâcher la joie du moment, et la bonne humeur qui se dégageait à chacune de nos rencontres lors de mes voyages, je fermais les yeux et profitais de l’instant sans calcul.
C’est vrai que dès que je te croisais, ces moments d’échanges avec des étrangers, des voyageurs ou des amis devenaient tout de suite très amicaux, très intenses, et tu savais faire en sorte de mettre tout le monde à l’aise.
Durant ces voyages, je t’en remercie, tu m’as permis de rencontrer un grand nombre de personnes que je n’aurais osé aborder. Tu étais l’entremetteuse, et avec toi il n’y avait de place que pour l’inattendu, et nous ne savions jamais comment se finirait une aventure à tes côtés !
Nous ne pourrons jamais t’enlever cette qualité. Cette qualité en est devenue aussi ton principal défaut. Tu nous menais toujours à l’impensable, à la folie à l’état pur. Parfois ce n’était qu’amour, passion, amitié, parfois ce n’était que violence, haine, stupidité, humiliation.
Tu aimais m’aider à charmer mes futures conquêtes. Je n’étais que très mauvais en anglais ou en espagnol ou même en drague, mais avec toi, je ne sais par quelle magie, je dépassais ces limites et tu parvenais à me faire vivre des relations charnelles, fusionnelles ou épistolaires que je n’oublierai jamais.
Cependant, je ne revécu jamais une histoire d’amour comme vécue dans le passé.


Puis tu t’es installé définitivement dans ma vie…

Après cette expérience de vie au Maghreb, je revins en France, à Lyon plus précisément, où je retrouvai des amis d’enfance et une bande de potes sur qui compter et qui prirent soin de moi.
Tu étais rentrée aussi sur le Vieux Continent, et ne vivais jamais loin de moi.
Te voir et te fréquenter comme au temps passé ensemble au Maroc redevinrent une habitude, une nécessité.
Tous mes amis Lyonnais te connaissaient, et t’appréciaient lorsque nous passions du temps tous ensemble réunis. Je ne suis plus certain, maintenant à posteriori, qu’ils aient pu nous apprécier toi et moi, si proches et inséparables.
Peut-être était-ce de la jalousie ?
Ou peut-être qu’ils ressentaient les effets néfastes que tu m’avais déjà fait connaitre au Maroc ? Peut-être qu’ils m’aimaient encore plus sans toi?
Mais que dire, tu travaillais même avec un ami au quotidien, tu étais la source de toute sa réussite et celle qui lui permettait de bien gagner sa vie.
Tu t’adaptais si bien à chaque culture, chaque pays, et chaque individu, que personne ne pouvait dire du mal de toi. Mais tout le monde connaissait ton côté sombre, et préférait ne jamais l’évoquer.
J’étais le premier à fermer les yeux sur cela, mais je mesurais chaque jour l’incidence néfaste que tu portais à ma vie, à mes relations, à ma santé, à mon épanouissement et à mon bonheur.
Tu as sûrement dû détruire de nombreuses vies, et bien plus que tu n’en as illuminées.


Boire et déboire…

Chaque jour, chaque soirée, chaque voyage, chaque rencontre à tes côtés me faisaient passer du rire aux larmes.
Je t’ai accepté dans ma vie, pour combler la solitude, le manque d’amour et d’affection, pour intensifier mes sentiments devenus au fil du temps amorphes.
Tu étais un détecteur de mensonge, et tu mettais sans cesse mon âme à nu, sans filtre, sans carapace, avec tout ce qui il y a de bon en moi et surtout de mauvais.
Mes amis, mes proches, ma famille, connaissent les liaisons dangereuses que nous entretenons, mais ignorent bien toutes les mésaventures où tu nous as mené.
Plusieurs fois, tu m’as humilié aux yeux de tous.
Plusieurs fois, tu m’as trainé dans la boue.
Plusieurs fois tu m’as blessé en me mettant sur le chemin de personnes néfastes et mal intentionnées.
Plusieurs fois tu m’as fait entrevoir la part sombre de l’Humanité, mais surtout la part sombre de moi-même.
Plusieurs fois, tu as failli me faire perdre la vie avec des décisions folles et irraisonnées.
Et chaque matin, seulement quelques souvenirs, quelques vapeurs, ou parfois même l’oubli total volontaire ou involontaire des (més)aventures de la veille en ta compagnie.
Tu m’as fait rencontrer ma folie intérieure, mes blessures antérieures.
Malgré tout le mal que tu m’as fait, je ne t’en ai jamais voulu, je ne m’en voulais qu’à moi de te connaitre et de te laisser une place si importante dans ma vie.
C’est bien simple, dès que ton parfum ou ton goût me parvenait, je ne pouvais que laisser place à l’envie de te retrouver…
Tout le monde connaissait ton danger, et il était tabou ou voir honteux d’avouer une relation irrationnelle avec toi.
On a tous pensé que tu pouvais nous aider à soigner nos maux, et nous aider à vivre illusoirement heureux.


Et cette entente continue, loin de tous…

Ces quelques années passées en France m’ont permis de conserver un équilibre personnel grâce à mes amis, mes proches, la pratique du sport et les voyages.
Mais de nouvelles opportunités d’expatriation sont apparues. Dans une société occidentale, où je ne me sentais plus à ma place, parfois écœuré par le comportement de ceux qui m’entouraient, je suis reparti sur la route.
Sur cette route, je n’ai trouvé que la solitude, et toi-même.
Notre union était scellée.
Tu m’as accompagné sur les routes du Vietnam, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, et tu es la seule qui t’es faite à ma vie de baroudeur.
Ou peut-être à ma vie de fuyard ?
Ma vie est passionnante, et pleine de réussites et de folies ; mais à tes côtés, j’en perds toute la saveur !
J’aimerai te quitter définitivement, ne plus avoir à faire à toi, tu ne repousses que les bonnes personnes qui pourraient entrer dans ma vie, tu les effraies !
Tu me fais vieillir plus vite que je ne le voudrais, tu me fais perdre goût à la vie !
Je souhaite retrouver le goût et le plaisir de vivre, simplement, en rendant les gens qui m’entourent heureux et ne plus me laisser entrainer vers cette fin certaine et malheureuse à tes côtés.



Ivresse, je te demande de quitter ma vie…

Fil suivant

4 réponses


Olivier 54150 - 05/07/2020 à 12h08

Merci Lvia pour ce beau récit.
C'est comme un couché de soleil... Hélas effacer en grande partie par un brouillard.
Sans l'éthanol tu pourrais partir vers un autre très beau voyage, peut être le seul qui en vaille le peine, celui de la découverte de soi...

Aruak - 07/07/2020 à 05h40

Hello,
Merci pour ce récit. La métaphore est jolie.
Ce n'est que mon interprétation, mais j'ai le sentiment qu'il s'agit d'une relation amoureuse que tu subis. Tu fustiges Ivresse pour tous les coups bas qu'elle t'a faits mais tu sembles continuer à entretenir cette sorte d'admiration pour elle. Ce n'est pas un jugement, simplement ce que j'ai ressenti à la lecture !

Tu ne peux pas demander à Ivresse de quitter ta vie. Pour l'avoir fréquentée des journées entières du lever au coucher pendant des années, je peux te dire que si tu veux qu'elle quitte ta vie, c'est toi qui devra jeter ses affaires par dessus le balcon et changer la serrure !

Aru

Lvia - 12/07/2020 à 12h18

Merci pour vos retours!

Oui c'est clair que je vais la foutre à la porte! et sans regret.

Lili 50 - 24/07/2020 à 00h10

Bonsoir Lvia,
Quel beau récit plein de sincérité et de souffrance.
Je te souhaite de trouver en toi la force nécessaire pour dire adieu à cette vieille amie malveillante.
Courage à tous

Répondre au fil Retour