Bonsoir,
J’ai besoin d’écrire pour me libérer un peu de tout ce que je garde en moi. J’ai 25 ans et j'ai un petit frère de 22ans, notre père est alcoolique et dépendant depuis longtemps.
Au départ, il y avait le cannabis et l’alcool dans des contextes plutôt festifs mais nous étions petits et on ne le voyait pas.
Petit à petit, les choses ont changé. Le verre de vin à table s’est transformé en bouteille chaque soir. Lorsque ma mère a commencé à s’inquiéter de sa consommation, il s’est mis à boire en cachette. Les quantités ont progressivement augmenté, jusqu’à devenir complètement démesurées.
Le confinement a marqué un véritable tournant. Il a été licencié et s’est mis à boire énormément. Ses grosses périodes de consommation semblent souvent être déclenchées par des événements difficiles : la maladie de mon grand-père, des problèmes personnels etc
Lorsqu’il est alcoolisé, il titube, parle très lentement, tombe… J’ai vécu plusieurs scènes qui m’ont profondément marquée.
Il m’est notamment arrivé d'être réveillée par le bruit de sa chute en pleine nuit et de le trouver au sol alors qu’il s’était uriné dessus. Ce sont des images et des situations choquantes que je n’arrive pas à oublier.
Après près d’un an à essayer de le convaincre d’accepter de l’aide, il a finalement fait une cure. Il a tenu bon pendant environ six mois. Pendant ces six mois, nous avons vraiment recommencé à espérer. On avait l’impression de retrouver notre père et de pouvoir enfin respirer un peu. Mais il n'a fait aucun suivi psychologique derrière.
Puis il a de nouveau subi un événement négatif au travail.
Étant toujours fragile, il a progressivement rechuté dans son schéma addictif. D’abord avec du CBD très fortement dosé, puis à nouveau avec l’alcool.
Aujourd’hui, nous sommes à nouveau en plein dedans.
Et c’est peut-être ce qui est le plus difficile à expliquer : il nous demande d’oublier. D’oublier les crises, les paroles, les scènes que nous avons vécues.
Mais comment oublier quelque chose que nous sommes en train de revivre ?
Pour lui, il faudrait peut-être simplement passer à autre chose. Mais nous, nous sommes de nouveau dans l’inquiétude, dans l'hyper vigilance, dans la peur de la prochaine crise. Tout ce que nous avions essayé de mettre derrière nous revient d’un coup.
Aujourd’hui, il nous tient, ma mère, mon frère et moi, pour responsables de beaucoup de choses. Il ment, dissimule sa consommation, nie l’évidence alors que nous voyons clairement lorsqu’il est alcoolisé. Et malgré tout, nous continuons à essayer de comprendre, de l’aider, de croire qu’il peut s’en sortir.
C’est probablement ça qui est le plus épuisant : nous alternons constamment entre des moments paisibles, où tout semble aller mieux et des crises pendant lesquelles il devient violent dans ses paroles, dit des choses extrêmement blessantes et nous fait porter une responsabilité qui n’est pas la nôtre.
Aujourd’hui, nous sommes complètement bloqués. Nous ne savons plus quoi faire.
Pour nous, une deuxième cure avec un vrai suivi derrière semble être la seule solution qui pourrait réellement lui permettre de sortir de ce cercle, mais nous sommes aussi confrontés au fait qu’il ne veut pas reconnaître qu’il a besoin d’aide.
Et même lorsque nous essayons de prendre de la distance, nous en sommes incapables complètement.
Parce que couper les ponts ne signifie pas arrêter de s’inquiéter.
Nous avons peur de la façon dont il pourrait finir. Nous avons peur qu’il ait un accident, qu’il prenne sa voiture alcoolisé, qu’il lui arrive quelque chose lorsqu’il est seul, ou qu’il provoque un accident qui pourrait également coûter la vie à quelqu’un d’autre. Nous imaginons constamment le pire.
Il a même dit à mon frère, lorsqu’il lui a demandé : « Tu te vois où dans six mois ? » : « Mort. »
Ces mots sont terribles à entendre lorsqu’ils viennent de son propre père. Ils restent dans nos têtes et rendent encore plus difficile le fait de prendre du recul.
Et pendant ses crises, nous devenons malheureusement ses souffre-douleur. Il nous accuse, nous reproche énormément de choses, retourne les situations contre nous, alors qu’il semble incapable de regarder sa propre souffrance et son addiction en face.
Je sais qu’au fond, derrière cette colère, ce déni et ces accusations, il y a probablement un mal-être immense. Et c’est peut-être ce qui rend les choses encore plus difficiles : réussir à comprendre qu’il souffre tout en étant profondément blessée par ce qu’il nous fait vivre.
Je crois surtout que je suis épuisée.
Épuisée de surveiller, de me demander s’il a bu, de reconnaître les signes, de m’inquiéter quand il ne répond pas, de me demander dans quel état je vais le retrouver. Épuisée de voir ma famille souffrir et de ne jamais savoir jusqu’où la prochaine crise va aller.
Et surtout, je crois que je suis fatiguée de devoir faire comme si tout allait bien.
J’aime mon père. Je voudrais tellement qu’il s’en sorte. Je voudrais pouvoir croire que cette fois sera différente. Mais je commence aussi à comprendre que je ne peux pas le sauver à sa place.
Le problème, c’est qu’on ne sait plus comment l’aider sans nous détruire nous-mêmes.
Alors j’écris ici parce que j’ai besoin de savoir si d’autres personnes vivent ou ont vécu quelque chose de similaire. Comment avez-vous fait ? Comment avez-vous réussi à aider votre proche sans vous perdre vous-même dans son addiction ? Et surtout, comment fait-on pour continuer à espérer sans être constamment détruit par les rechutes ?