Hello,
Moi, je suis tombée amoureuse de cet homme il y a plusieurs années. Au début, on vivait notre vie de “saisonniers”, perdus dans un tourbillon d’excès, d’alcool et de dérives. Lui s’y noyait vraiment… et même si à cette époque j’étais moi aussi complètement perdue, je n’ai jamais eu d’addiction. Quand on s’est enfin mis ensemble, on travaillait chacun dans un autre département. L’été, il me disait qu’il partait au travail avec un cubi dans son sac dès le matin. J’ai voulu l’aider, de toutes mes forces. Et parfois j’y arrivais… puis il rechutait. À chaque fois, je pleurais, je me sentais mal, coupable même. Il me disait que j’exagérais, que j’étais chiante, que c’était à cause de moi qu’il buvait. Alors je me remettais en question, je me détruisais toute seule pendant qu’il arrêtait… puis reprenait. Il me ment. Il cache de l’alcool partout. Il vit dans le déni. Et pourtant, il continue de dire que tout ça, c’est de ma faute. Sa mère est morte d’une cirrhose. Son grand-père aussi. Et malgré ça, il se laisse reprendre, encore et encore. J’ai tout quitté pour lui. Tout. Je suis à douze heures de ma famille, de mes amis. Ici, je n’ai que lui… aucune échappatoire. Et lui, il s’échappe tout le temps. Il me laisse parfois des heures sans nouvelles et revient complètement bourré, comme si de rien n’était, et je ne dois rien dire. Il y a dix mois, je suis tombée enceinte. Moi, j’ai tout arrêté, évidemment. Et c’est là que j’ai vraiment commencé à subir. Il m’a promis qu’il arrêterait quand la petite serait là…Mais neuf mois plus tard, il m’a encore menti. Il n’arrête pas. Il recommence. Il me pousse à bout. Il fait ressortir le pire en moi. Et c’est toujours de ma faute, toujours. Pourtant je lui dis que je souffre. Parce que oui, je souffre vraiment. Il est en train de détruire tout ce qu’il aime le plus au monde. Je sais qu’il nous aime. Je sais que c’est plus fort que lui. Mais… est-ce qu’on est censé souffrir à ce point pour la personne qu’on aime ? J’ai tellement été là pour lui. Et aujourd’hui, j’ai l’impression d’être devenue un monstre. J’en peux plus de lui rentrer dedans quand il revient ivre. Je suis fatiguée. J’ai baissé les bras. J’ai envie de partir… mais c’est tellement dur de tout quitter. Même si je me battrais corps et âme pour lui, je sens que je me perds. Je suis triste, je pleure tout le temps, je suis malheureuse. Il reprend le travail dans une semaine, et les bars de la station vont réouvrir. Je sais déjà que je ne vais plus le voir, qu’il va encore s’y réfugier. Moi, je suis en congé maternité, enfermée chez moi. Je décroche pas. J’ai plus de vie sociale. J’ai plus rien.
J’y arrive plus…