Dans quelques jours, cela fera un an que je n’ai pas bu une seule goutte d’alcool.
Un an.
Pendant longtemps, cet objectif me semblait totalement irréaliste. Un an, pour moi, c’était une éternité. Je n’arrivais déjà pas à imaginer un week-end sans boire, alors douze mois…
Si je crée ce fil aujourd’hui, ce n’est pas pour donner des leçons, ni pour prétendre détenir une vérité universelle. Chacun vit son addiction différemment, chacun avance à son rythme, avec son histoire, ses blessures, ses rechutes parfois.
Mais malgré nos différences, je crois sincèrement que nous partageons énormément de points communs. Et surtout : nous traversons souvent les mêmes étapes.
Alors j’aimerais simplement raconter ce que cette année a représenté pour moi. Peut-être que certains s’y reconnaîtront. Peut-être que cela aidera ceux qui commencent à se projeter un peu plus loin que “tenir jusqu’à ce soir”.
Quand on décide d’arrêter de boire, on se retrouve au pied d’une immense falaise.
Le sommet est caché dans les nuages. On ne voit pas la fin. On a mal équipé, mal entraîné, et franchement pas rassuré. À côté de nous, il y a le bar. Notre ancien refuge. La solution immédiate. La zone connue. Alors forcément, une partie de nous murmure :
“Pourquoi grimper ?”
Les premiers jours sont terribles.
Le cerveau réclame sa dose.
Le corps aussi.
Tout semble tourner autour de l’alcool :
les horaires,
les habitudes,
les repas,
les soirées,
les émotions,
les fêtes,
la solitude.
On pense à boire tout le temps.
Puis arrivent les premières petites victoires :
une soirée tenue,
un réveil sans gueule de bois,
une matinée sans honte,
une journée complète sans alcool.
Au début, chaque mètre gagné sur la falaise coûte énormément d’énergie.
Puis, doucement, quelque chose change.
Vers quelques semaines, le corps commence à respirer autrement.
Le sommeil revient un peu.
Le ventre dégonfle.
Le teint change.
On commence à se regarder différemment dans le miroir.
Mais surtout, le cerveau commence à comprendre qu’on ne reviendra peut-être pas en arrière.
Et là débute une autre étape, plus étrange.
On ne lutte plus seulement contre le manque.
On lutte contre les négociations.
“Tu pourrais peut-être boire modérément.”
“Juste un verre.”
“Seulement le week-end.”
“Seulement en vacances.”
“Seulement dans certaines occasions.”
Cette voix-là, je crois que nous sommes nombreux à la connaître.
Pendant des mois, j’ai aussi eu le sentiment d’être en décalage avec les autres. Comme si tout le monde savait encore faire la fête sauf moi. Certaines soirées ont été difficiles. Je me suis parfois senti triste, coincé, presque “moins vivant”.
Et pourtant…
Petit à petit, la montée continue.
On découvre autre chose :
le plaisir d’un réveil clair,
l’énergie retrouvée,
le sport,
les discussions dont on se souvient,
les voyages vécus pleinement,
les émotions vraies,
les relations qui s’apaisent.
On redécouvre aussi quelque chose de très simple :
être présent.
Présent pour ses proches.
Présent pour soi-même.
Présent dans sa propre vie.
À partir de plusieurs mois, les envies deviennent plus rares. Attention : ça ne veut pas dire qu’on est “guéri”. Personnellement, je reste vigilant. Je sais aujourd’hui que je ne suis pas capable de boire modérément. Ce combat-là, j’ai arrêté de vouloir le gagner. Ma liberté, ce n’est pas de réussir à boire “un peu”. Ma liberté, c’est de ne plus avoir besoin de boire du tout.
Aujourd’hui, après presque un an, je peux dire quelque chose que je n’aurais jamais cru possible :
Je suis heureux sans alcool.
Pas euphorique tous les jours.
Pas transformé en gourou du bonheur.
Pas devenu parfait.
Simplement heureux d’être redevenu moi-même.
Et surtout, je ne me sens plus privé.
Je me sens libre.
À ceux qui commencent :
la falaise paraît immense, mais elle se grimpe.
Pas d’un seul coup.
Pas sans fatigue.
Pas sans doute.
Mais pas après pas.
Et un jour, sans même s’en rendre compte, on lève les yeux… et on réalise qu’on est déjà très haut.
Force à vous tous.
Ne lâchez rien.