Je m'appelle Pauline, j'ai 32 ans.
J'ai longtemps hésité avant d'écrire ce message.
Je pense que peu de personnes autour de moi réalisent à quel point je vais mal aujourd'hui. Je suis devenue très forte pour donner le change, pour sourire, pour continuer à travailler, à répondre aux messages, à faire comme si tout allait à peu près bien. Mais la vérité est bien différente.
Les addictions ont toujours été présentes dans ma vie. D'abord le cannabis, puis les cigarettes, puis l'alcool. Au départ, je pensais que c'était simplement des habitudes, des plaisirs occasionnels, des moyens de décompresser. Je me suis longtemps persuadée que je gardais le contrôle.
Aujourd'hui, je sais que ce n'est plus le cas.
L'alcool a pris une place énorme dans mon quotidien. Chaque jour, je me promets d'arrêter. Chaque jour, je me dis que cette fois-ci sera la bonne. Et pourtant, je finis souvent par repartir acheter une bouteille. Puis une autre. Je culpabilise, je me déteste de ne pas réussir à tenir mes propres promesses, et le lendemain le cycle recommence.
Le plus difficile, c'est la honte.
Mon compagnon sait que j'ai un problème avec l'alcool, mais il ne connaît pas l'ampleur réelle de ma consommation. Une seule amie est au courant. Pour tous les autres, je continue de faire semblant. Je cache ce que je peux, je minimise, je me tais.
Je crois qu'une partie de moi a peur du regard des autres. Peur d'être perçue comme faible, irresponsable ou incapable de gérer ma vie. Pourtant, la réalité est que je me bats chaque jour contre quelque chose qui me dépasse parfois.
Je sais aussi que l'alcool n'est pas arrivé dans ma vie par hasard.
Je vis avec un TDAH qui rend parfois la gestion des émotions extrêmement compliquée. Mon cerveau cherche constamment à calmer le bruit, l'anxiété, les pensées qui tournent en boucle. Mais surtout, ces derniers mois ont été parmi les plus difficiles de ma vie.
Ma mère est atteinte d'un cancer en phase terminale. Écrire ces mots me fait encore mal. Voir quelqu'un qu'on aime s'éteindre progressivement est une souffrance que je ne souhaite à personne. C'est une douleur permanente, une peur constante, un sentiment d'impuissance terrible.
À côté de ça, je lutte depuis longtemps contre l'anxiété et des périodes dépressives qui reviennent régulièrement. J'ai essayé d'en parler à des professionnels de santé. On m'a souvent répondu qu'il fallait d'abord gérer la dépression. Mais pendant ce temps-là, l'alcool continue de prendre de la place dans ma vie.
Aujourd'hui, j'ai le sentiment d'être arrivée au bout de mes ressources.
Je suis fatiguée de me battre seule. Fatiguée de cacher ma souffrance. Fatiguée d'avoir honte. Fatiguée de me dire chaque matin que je vais reprendre le contrôle et de voir à quel point c'est difficile.
Je ne cherche pas à me trouver des excuses. Je sais que beaucoup de personnes traversent des épreuves sans tomber dans l'addiction. Mais je crois qu'il est important de rappeler qu'une addiction n'est jamais seulement une question de volonté. Derrière, il y a souvent des blessures, de la détresse, de la peur, de la solitude et des émotions qu'on ne sait plus comment gérer.
Si je partage cela aujourd'hui, c'est parce que je ne veux plus faire semblant. Et peut-être aussi parce que j'ai besoin de savoir que je ne suis pas seule.
Si certains d'entre vous sont passés par là, s'en sont sortis ou sont encore en train de se battre, j'aimerais entendre vos témoignages.
Parce qu'aujourd'hui, sincèrement, j'ai l'impression d'être au bord du gouffre et je ne sais plus vraiment comment avancer. ❤️