Bonsoir à vous.
Le parcours que je vis en ce moment m'a donné envie de vous écrire, car je me dis que ça aurait pu me servir quand il y a quelques mois je lisais vos lignes.
J'ai arreté totalement l'alcool il y a presque deux mois, et à mon immense surprise, n'éprouve que très peu de difficultés cette fois-ci, peut être car des choses ont changé, j'aimerais vous le partager.
Mon rapport à l'alcool
J'ai toujours eu un rapport addictif à l'alcool, depuis très jeune vers 16/17 ans. Ça a commencé en soirée jeunes, puis c'est venu s'immiscer quasi tous les midis entrainé par un collègue de travail, un, deux, trois rosés chaque midi.
Je me suis calmé sur le midi, puis ça s'est installé le soir, d'abord le vendredi et samedi, en grande quantité, pendant un temps au whiskey (6/7 verres), puis à la bierre 10/15 bouteilles.
Puis ça a évolué quelques soirs en semaines, jusqu'à arriver à un rythme d'environ 2 jours sur 3, ou tous les jours suivant les semaines, avec une quantité un peu plus faible en semaine.
Mon problème était que si je bois un verre, je ne peux plus m'arrêter, je continue encore et encore, tant qu'il y a du stock, ou que je m'écroule me coucher. Et une forte anxiété quand je n'ai plus de stock, ou que je suis empêché.
Je n'ai pas eu "tant" de problèmes concrets, mais quand même des disputes conjugales et une atteinte au coeur (fibrillation). Mais je travaillais, je n'ai jamais eu de bagarre ou de violence, je ne buvais pas le matin ou en journée, si bien que je me disais ne pas avoir de problème, mon entourage me disais "tu n'es pas alcoolique" tout en voyant un soucis dans la consommation.
Évolution de vie
Il y a 3 ans maintenant, j'ai divorcé, suite a une infidélité de madame, avec un enfant de 3 ans à charge. Est-ce que l'alcool a été impliqué ? Peut être, elle me l'a reproché, bref ce n'est pas le sujet.
J'étais dévasté, et je n'avais plus aucun rempart pour m'empêcher de boire, alors j'ai augmenter le rythme, pour atteindre celui que je disais.
Je me restreignai un peu quand j'avais ma fille, pour ne pas être ivre quand elle est à ma charge, et quand je ne l'avais pas, c'est devenu open bar, surtout le week end, seul.
Tournant
La question "suis-je alcoolique", je le la suis posé de nombreuses fois. J'avais une réputation de gros buveur au travail, il y avait plus de jours où je buvais que de jours où je ne buvais pas, ça je l'ai su car je le suis mit à noter chaque jour à propos de la veille : ais-je bu ? Ais-je été ivre ?
Me rendant compte que la réponse était tout de même souvent oui, j'en ai parlé à mon entourage, assez unanime "mais tu n'es pas alcoolique". Puis je me suis rendu compte que pour la plupart, ils ne me voyaient jamais ivre, ou très rarement, normal la plupart du temps je suis seul.
J'en ai parlé à mon médecin, qui m'a aussi redirigé ici entre autres, puis est venu une motivation pour réduire.
Cycle de peurs et d'anxiété
J'avais pas envie d'arrêter, ça me faisait peur. Je m'étais déjà donné l'objectif de réduire à 1 jour sur 2 max, n'y arrivant pas j'ai baissé mon objectif, si je n'arrive pas à ne pas boire 1 jour sur 2, alors au moins ne pas être ivre 1 jour sur 2, et ne pas dépasser 2 verres.
Pendant 1 an j'ai essayé comme ça, sans voir aucun résultat, j'angoissait de me dire "il faut pas que je boive aujourd'hui", c'était un véritable effort de juste faire une pause de 1 jour, alors vous imaginez bien plusieurs...
Ne pas avoir d'alcool chez moi m'engoissais, je voyais bien qu'il fallait que je fasse quelque chose, mais ça me faisait tellement peur, vivre cette angoisse, tous les jours ?
C'est cette peur de vivre ces jours angoissants, qui m'empêchait vraiment d'arrêter.
Contexte de l'arrêt
Suite à une banale prise de sang dans un autre contexte, les analyses révèlent quelque chose, je retourne faire une analyse cette fois spécialisée là dessus, et les résultats sont clairs : Gamma GT et VGM bien au dessus des normes, autrement dit, l'alcool a attaqué le foie et le sang. Par chance, à un niveau encore réversible, mais un début de route tracée vers la cirrhose si je continue encore quelques années comme ça.
Ça va mieux dans ma vie en dehors de celà, malgré quand même quelques soucis psys et toujours sous anti dépresseurs depuis bientôt 20 ans, je me suis très bien remis de mon divorce, j'ai une bonne vie de famille avec ma fille, une nouvelle compagne ; ce contexte doit forcément jouer aussi, c'est plus facile quand ça va mieux que dans le chaos.
Puis un jour un défi, un ami me lance qu'il arrête totalement l'alcool pendant un an (et pourquoi reprendre après), et sans réfléchir, je lui dit "allez moi aussi".
Suite à l'arrêt
J'étais pas du tout convaincu, j'y croyais pas, mais alors pas du tout.
La première réaction d'une partie de mon entourage : "Toi ? (Rires). Impossible, t'aimes trop la bière". Pour le coup ça m'a un peu déterminé plus que blessé.
L'autre partie de mon entourage était plutôt dans l'encouragement et les félicitations (ça aide, si votre entourage essaie d'arrêter, encouragez les et félicitez les de la démarche, franchement c'est un grand moteur qui coûte rien).
Et j'en ai parlé à tout le monde, jour 1. Je me suis engagé auprès des autres, peu importe les moqueries, les "impossible", les "moi je peux pas" etc. Et ça m'a aidé, comme un engagement, comme une promesse, je ne peux plus reculer.
J'avais peur cependant, je me disais ça va être difficile, il va falloir tenir etc. Vous voyez le schéma classique.
La grande surprise
Je ne sais pas pourquoi, ni comment, à part les éléments que je vous ai exposé plus tôt, mais je n'ai quasi aucune difficulté depuis.
À part de petits cravings de temps en temps et de plus en plus espacés, qui ne durent généralement pas plus de 10 minutes, et pas tous les jours, je n'ai plus aucune envie.
J'ai fait plusieurs soirées alcoolisées, en étant le seul à ne pas boire, et aucune envie n'est venue s'immiscer. Je n'en ai plus envie, je veux pas reprendre, et l'idée d'un verre arrive à me dégoûter.
Je ne comprends pas trop encore le pourquoi, le contexte, le fait que dans ma vie ça va plutôt bien, l'électrochoc de la prise de sang (pourtant une fibrillation du coeur de m'avais pas fait tilter avant); toutes ces peurs, toutes ces angoisses sur la difficulté à devoir tenir du craving sur une longue période, elles n'existent pas pour moi, aucun manque, ça tient du miracle.
Le plus dur dans mon cas a été de prendre la décision, la suite s'est passée tout seul, et j'en viens à penser que la mécanique de fond qui me faisait continuer à boire pendant tant d'années, c'était en grande majorité de la peur.
Cela ne fait que 2 mois, c'est encore récent, et j'espère que ça continuera ainsi.
De tout coeur avec vous
Voilà j'espère que mon expérience pourra peut être apporter des pistes à d'autres pour s'en sortir.
Je suis conscient que j'ai énormément de chance de le vivre ainsi et que tous ne l'auront malheureusement pas, chaque parcours est différent et il n'existe pas de recette magique.
Bien entendu ouvert aux discussions qu'elles soient ici ou ailleurs.
Je vous souhaite du courage, pour dépasser ces peurs et ces angoisses, qui ont une part à jouer pour nous tous c'est certain; et vous souhaites de dépasser toutes les difficultés dans les moindres douleurs possibles.